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Résurrection - partie 2/2

Que reste-t-il aujourd’hui de la présence de la Résurrection, jadis au cœur de la culture et de la société française ?

Edouard HUSSON

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Edouard Husson

Historien français, agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Allemagne, Edouard Husson organise aujourd’hui les cours de civilisation française de la Sorbonne.

Atlantico Information

C’est avec ce bagage qu’il mettait sa plume en ce dimanche pascal au service des lecteurs du média indépendant « atlantico.fr » dans un article qui traite de la résurrection et de sa place dans la culture française. Même si la situation de notre pays est quelque peu différente de celle de nos voisins du Sud le fond du sujet reste transposable à la Belgique. La question de la foi a la même intensité.

Cet article vous sera communiqué en deux envois : 15 et 16 avril 2020.

Charles de Gaulle écrit au début de ses « Mémoires de Guerre » à propos de la France : « J’ai d’instinct l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires ». Toute la première page des « Mémoires » du Général propose aux contemporains, catholiques ou républicains, de sortir de la guerre civile séculaire pour réunir les forces du pays, confronté à des menaces extérieures existentielles.

Nous voici plongés, avec « l’étrange déroute » de notre classe dirigeante actuelle dans un nouveau « malheur exemplaire ». Et cette fois, il n’y a pas d’armée étrangère à nos portes, aucune subversion intérieure. Nous ne pouvons-nous en prendre qu’à nous-mêmes.

Commander ou faire fabriquer massivement des masques ; répondre aux industriels français ou coréens qui proposaient de fabriquer des tests en série, mobiliser nos spécialistes des données massives pour mettre en place un confinement différencié selon les régions, autoriser les expérimentations de traitements effectués avec des médicaments bien connus et l’expérience d’un corps médical qui reste, lui, exemplaire : en tout cela nos gouvernants n’ont été dérangés par rien, perturbés par aucun facteur extérieur.

Au contraire, ils n’avaient qu’à prendre exemple sur ce que faisaient d’autres pays, de manière modeste et méthodique : non seulement l’Allemagne et la Corée mais aussi l’Autriche, le Maroc, la Grèce ou Israël. La crise est purement interne. Et je ne vois pas d’autre explication que l’effondrement de la croyance, religieuse et temporelle, qui jusque-là soutenait les serviteurs de l’Etat. Nous sommes ainsi faits, nous autres Français, que nous avons besoin d’une croyance pour avancer.

Chateaubriand expliquait qu’ « on ne mène les Français que par les songes ». Et de Gaulle, qui le prisait, lui répond : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a en moi d’affectif imagine, naturellement, la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ».

Ce peuple qui veut vivre et que ses dirigeants n’écoutent pas. Sommes-nous condamnés à ne plus exister parce que la croyance se serait effondrée ? Sommes-nous si sûrs qu’elle le soit ?

Nous observons surtout une désorganisation des élites et nous savons bien qu’elles se sont abandonnées à toutes les modes de la mondialisation (en ne cherchant même pas, comme les Britanniques ou les Allemands, à la modeler de l’intérieur). Mais si nous nous tournons vers notre peuple, frappé de plein fouet par tous les vents mauvais dans un pays dont toutes les haies protectrices ont été arrachées par les lubies idéologiques de nos dirigeants, on y voit un réflexe salvateur de ressourcement, de redécouverte de la réalité nationale.

Depuis vingt ans, les réponses se succèdent : élimination de Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle de 2002 ; refus du Traité Constitutionnel Européen en 2005 ; élection de Nicolas Sarkozy en 2007 ; élection de François Hollande en 2012 ;
« manifs pour tous » ; effondrement de LR et du PS à la présidentielle de 2017 ; crise des Gilets Jaunes ; mouvement contre la réforme des retraites...

Ces révoltes d’ampleur inégale ont toutes un point commun : elles témoignent que le peuple français croit encore en son avenir, qu’il ne veut pas mourir, qu’il n’accepte pas un destin qui lui serait imposé - et fatal. Jusqu’à présent, ces mouvements d’inspirations diverses soit, n’ont pas abouti (confiscation du résultat du référendum de 2005, échecs successifs de Sarkozy et Hollande) soit n’ont pas trouvé, au sein des élites, suffisamment de soutien pour les relayer (crise des Gilets Jaunes). Mais, que l’on soit de ceux qui croient au Ciel ou non, il y a matière à réfléchir.

En ce jour de la fête suprême, pour un catholique, celle de Pâques, de la résurrection de l’Homme qui a reçu en lui la plénitude de la Sagesse divine, on ne peut que constater le déclin de la foi. Je pense moins à ce qui est bien connu, la pratique religieuse résiduelle, qu’à l’incroyable renoncement de la Conférence des Evêques de France, qui n’a même pas chercher à négocier avec le gouvernement que, dans des conditions strictement encadrées, les fidèles qui le souhaiteraient puissent se rendre à l’Eglise. On peut aller faire ses courses, suer et souffler sur ses semblables en faisant son jogging mais non, dans des églises organisées pour cela, aller vénérer le Saint Sacrement ou recevoir, avec les précautions requises, la communion. Nos évêques - la majorité d’entre eux car il y a eu des voix dissidentes - n’ont rien négocié avec le gouvernement, ils ont accepté la définition très matérialiste que faisait ce dernier des « activités essentielles ».

Jamais on n’avait vu l’Eglise aussi peu présente lors d’une pandémie. La mort surgit, de façon inattendue, dans les familles, les enterrements sont escamotés sur ordre du gouvernement et toute la réponse que les responsables de l’Eglise de France trouvent face à la pauvreté des rues, aux détresses, aux solitudes, aux dilemmes des médecins obligés de trier les malades, ce sont des églises fermées, l’absence de baptême, la messe en ligne - comme pour mieux mettre à distance et ne se parler qu’entre soi.

Pour autant la croyance n’est pas morte : plusieurs pétitions pour protester contre les différentes formes de « l’effondrement de la foi chez les clercs » (Jean Daniélou, 1969) ont rassemblé, en tout, des dizaines de milliers de signatures. Je suis à l’origine de l’une d’elles et j’ai reçu une bonne vingtaine de messages magnifiques montrant que le vieux fond chrétien du pays n’est pas mort.

« Il existe un pacte vingt fois séculaire entre la France et la liberté du monde »
(Charles de Gaulle)

Je parle de la foi qui est la mienne. La mort et la Résurrection du Christ alimentent l’espoir que j’ai que mon pays sorte, une nouvelle fois, du malheur exemplaire où il s’est plongé lui-même. Ce n’est pas un calcul irrationnel. La foi, l’espérance et la charité bibliques ne sont que des développements des facultés humaines, elles s’enracinent dans l’intelligence, la mémoire et la volonté. C’est pour moi d’autant moins un calcul irrationnel que je vois beaucoup de mes concitoyens non-croyants développer une vision elle aussi faite de raison et d’espoir, que notre pays se redresse. Nous sommes tombés très bas. Du point de vue catholique, je dirais même que nous avons touché le fond. Unissons nos forces !

Le vieil enracinement de la culture française dans la méditation annuelle de l’Incarnation, la Passion et la Résurrection, sous une forme éventuellement sécularisée, nous incite à nous relever, rassembler tous les hommes et les femmes de bonne volonté et, bientôt, proclamer au monde : « La France n’a pas disparu. Elle revit ! Comptez avec elle ! ».

Notre pays est ainsi fait que soit il se morfond dans l’entre-soi et la complaisance fataliste, soit il se redresse pour contribuer aux grands débats du monde. C’est un fait que, depuis un demi-siècle, nos dirigeants, chez qui s’effondrait la croyance en tout messianisme, chrétien ou français, ont été des suiveurs. La mondialisation a été le fruit d’une volonté américaine et britannique de façonner le monde au tournant du XXe et du XXIe siècle. Notre voisin l’Allemagne y a vu l’occasion d’y faire de bonnes affaires.

La Chine a décidé - au risque de surestimer ses propres forces, comme le montre la crise du COVID 19 - qu’elle serait le vainqueur de cette mondialisation-là pour le 100e anniversaire de la création de la République populaire de Chine en 2049. Les élites françaises, elles, se sont contentées de développer, en bloquant l’ascenseur social pour elles seules, une rente de mondialisation. Elles ont laissé le peuple français se morfondre en lui assenant régulièrement des leçons de morale, sur sa paresse, son manque d’organisation, son refus de s’adapter. C’est toute cette imposture qui est en train d’éclater.

Emmanuel Macron avait été élu pour maintenir la rente un peu plus longtemps que des prévisions raisonnables. Il se révèle être un bien piètre gestionnaire. Viendra le moment où certains, dans les milieux dirigeants, chercheront à le remplacer. En auront-ils le temps ? Quelque chose nous dit que le mouvement des Gilets Jaunes n’était que le premier épisode d’un surgissement de liberté française. Dans notre histoire, cela peut donner le meilleur comme le pire.

Espérons que suffisamment de représentants de l’élite française sauront anticiper et canaliser le mouvement que nous sentons bouillir dans le pays. Là aussi, le vieux fond chrétien pourrait nous aider, en nous rappelant que la violence n’a jamais servi à rien. C’est à construire que notre pays est appelé : se reconstruire et contribuer à la construction d’un vraiment nouveau monde.

Rappelons-nous pour finir l’une des plus magnifiques formules du Général de Gaulle : « Il existe un pacte vingt fois séculaire entre la France et la liberté du monde ! » Vingt siècles entrecoupés de chutes et de résurrections.

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