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Patience, persévérance, espérance, ...délivrances

« La patience consiste à puiser dans des forces cachées. Elle est une puissance positive, même si à l’œil nu, elle ressemble à de la passivité ou de l’attente. (…) La patience exerce une influence tonique positive sur les autres ; parce qu’en présence d’une personne patiente, les gens sont revivifiés et repartent de plus belle. Celui ou celle qui fait preuve de patience joue le rôle d’un gyroscope dans le bateau, c’est un marqueur de stabilité. Mais la personne patiente n’apprécie pas forcément sa patience. » Paul Goodman

Il ne faudrait pas un seul instant penser que la Parole serait en quelque sorte un référentiel, une doctrine du passé, un recueil de belles histoires. Comme si notre vie quotidienne, nos préoccupations terre à terre appartiendraient à un domaine et que Dieu en serait en quelque sorte non pas exclu mais en tout cas peu impliqué ou même, pas du tout intéressé.

Dans notre parcours de vie, nous sommes amenés à rencontrer des gens étonnants, particuliers. Surtout dans le domaine des collections : tout peut y passer, les tintinophiles, des collectionneurs de boîtes à pains, de vieux panneaux de signalisation et je vous assure la liste est longue, plus « folle » que vous ne pourriez l’envisager. Ces mêmes personnes qui passent des heures et des heures pour ne pas dire l’essentiel de leur vie à chercher, dénicher, bichonner devraient sans doute être les experts en patience, les doctorants en matière de maîtrise de temps. Cependant, à l’instar des pêcheurs dont la faculté à scruter des heures durant le moindre soubresaut d’un bouchon, m’a toujours stupéfié, ce sont souvent des personnes nerveuses, stressées qui vont chercher dans ces activités…passives (?) une source d’apaisement dans un activisme boulimique. Cherchez l’erreur.

L’objectif de cette réflexion n’est pas de vous dresser le portrait comique ou inquiétant de l’impatience dans cette situation inédite du confinement. L’occasion était belle à mes yeux pour creuser les notions de patience et de persévérance à la lumière de l’espérance profondément inscrite dans la Parole.

Chant des montées. Psaume 129.
« Souvent ils m’ont attaqué depuis ma jeunesse, — Qu’Israël le dise ! — souvent ils m’ont attaqué depuis ma jeunesse, mais ils ne l’ont pas emporté sur moi. Des laboureurs ont labouré mon dos, ils y ont tracé de longs sillons. Le Seigneur est juste : il a détaché les cordes des méchants. Qu’ils soient honteux et qu’ils reculent, tous ceux qui détestent Sion ! Qu’ils soient comme l’herbe des toits en terrasse, qui se dessèche avant qu’on l’arrache ! Le moissonneur n’en remplit pas sa main, ni le lieur de gerbes sa poche ; les passants ne disent pas : Que la bénédiction du Seigneur soit sur vous ! Nous vous bénissons au nom du Seigneur ! » (Voir le contexte)

Au départ, je l’avoue, je n’ai pas vraiment flashé sur ce psaume, ou en tout cas, je n’ai pas directement perçu le lien entre ce chant des montées et notre vie actuelle.

Un combat qui dure

En fait, sur les deux premiers versets, nous pouvons le comprendre comme le reflet du combat que mène le peuple de Dieu. On pourrait le lire comme ceci : ceux qui appartiennent au monde ont depuis tout temps fait la guerre à ceux qui suivent le Seigneur, ceux qui marchent sur le chemin de la foi. Leurs armes furent innombrables : la moquerie, le ridicule, la torture, l’exil, les persécutions. Mais ils n’ont jamais gagné.

Sans doute cette pandémie, ou la dépression économique ou de graves difficultés financières qui s’en suivront peuvent attaquer notre foi mais prenons dans ce psaume la force de la persévérance ; la foi n’est pas une fleur éphémère, elle est une plante coriace, on devrait pouvoir dire inébranlable.

Repensons à la vie de Jésus-Christ, il fut tenté comme aucun d’entre nous ne l’a été. Tout a échoué. Son corps fut meurtri, torturé comme aucun d’entre nous ne l’a vécu. Tout a échoué. Sa foi s’est révélée indestructible, inexpugnable. Elle s’est manifestée par une bienveillance incompréhensible : « Père, pardonne-leur » et par une sérénité totale, complète : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ».

Inspirons-nous aussi des propos de Paul : « Ils sont ministres du Christ ? — je déraisonne — je le suis plus encore : par les travaux pénibles, bien plus ; par les emprisonnements, bien plus ; par les coups, bien davantage. Souvent en danger de mort : cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups moins un, trois fois j’ai été frappé à coups de bâton, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé un jour et une nuit dans les abysses. Voyageant à pied, souvent ; exposé aux dangers des fleuves, aux dangers des bandits, aux dangers de la part de mes compatriotes, aux dangers de la part des non-Juifs, aux dangers de la ville, aux dangers du désert, aux dangers de la mer, aux dangers parmi les faux frères, au travail et à la peine ; souvent dans les veilles, dans la faim et la soif ; souvent dans les jeûnes, dans le froid et le dénuement. Sans parler du reste, ma préoccupation quotidienne, l’inquiétude au sujet de toutes les Eglises ! Qui est faible sans que je sois faible ? De qui cause-t-on la chute, sans que moi-même je brûle ? S’il faut faire le fier, c’est de ma faiblesse que je ferai ma fierté. » 2 Cor 11 : 23-29 (Voir le contexte)

Et notre Paul, dans la dernière partie de sa vie, nous confie encore : « Oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ ». Phil 3 : 13-14 (Voir le contexte)

La foi est durable, elle n’est pas un état de grâce passager, elle est le chemin. Elle résiste à tout, au temps qui passe comme à tout drame, à toute catastrophe, à tout virus. Avec persévérance, dans la patience, comme une espérance, une véritable délivrance.

Un combat cruel

Continuons l’approche de ce psaume en nous arrêtant sur les versets suivants « Des laboureurs ont labouré mon dos, ils y ont tracé de longs sillons. Le Seigneur est juste : il a détaché les cordes des méchants. »

Le combat se révèle d’une cruauté sans pareille. L’image est forte. Imagine que tu sois à terre, éreinté, et que le laboureur passe et repasse encore sur ton dos en déchiquetant ta chair du soc de sa charrue. Autrement dit, c’est clair. Nous ne sommes pas au théâtre. La souffrance, nous allons la croiser, la rencontrer, la vivre.

Mais, il y a ce « mais » qui résonne en nous. Le Seigneur est juste. Nous avons la certitude qu’à un moment ici-bas ou dans l’éternité, nous comprendrons que la douleur s’est arrêtée. Nos ennemis auront beau se démener, rien n’y fera car le Seigneur a détaché les cordes. Vraisemblablement, les « méchants » poursuivent leurs incessants allers-retours mais il arrive un moment où cela devient inutile, futile, dérisoire. Rien n’y changera. Le mal, la souffrance, les quolibets, les attaques, tout cela devient sans effet. Nul.

Parfois, nous nous retrouvons dans ce type de situation. Peut-être l’es-tu maintenant, confiné, seul, malade. Mais ta foi patiente, persévérante, « espérante » t’amènera la délivrance car Dieu dans sa justice immuable et éclairante te conduit sans aucun doute à la délivrance.

La persévérance triomphante

Pourtant, avouons-le humblement, combien d’émotions n’accompagnent pas nos luttes. Qui peut prétendre rester stoïque, ferme devant une injustice flagrante ? Qui n’a jamais « pété les plombs » devant un comportement abject ? Qui n’a jamais connu des moments de colère noire devant des propos mensongers, moqueurs ? Qui n’a jamais ressenti une certaine envie devant les facilités de vie d’un copain, devant l’insouciance légère d’une amie, devant les multiples distractions superficielles qui nous sont interdites ou inaccessibles.

Ce sont de tels moments qui rendent notre combat plus rude. C’est cela le sens du verset « Qu’ils soient honteux et qu’ils reculent, tous ceux qui détestent Sion ! » Un peu comme si quelque part il était admis que parfois la colère bouillonne. Alors où se situe la vérité ? Que vaut-il mieux ? Une vie voulue, énergique, musclée ou une vie apathique, sans relief, sans conviction. Parfois nos cris ont du sens ; certainement pas tous et encore moins dans certaines circonstances. Mais parfois, ils ont du sens.

J’aime beaucoup cette phrase de Peterson : « La persévérance n’équivaut pas à la perfection. (…) La persévérance n’est pas la résignation à tolérer le statu quo. (…) L’endurance n’est pas une tentative désespérée de se cramponner mais une progression de force en force. (…) La persévérance est vivante et triomphante. »

L’origine de tout

L’erreur fondamentale serait de croire que nous sommes à l’origine de notre patience, de notre persévérance. Ce serait revenir à tous ces courants philosophiques qui font de notre « moi » le centre de nos préoccupations. Ce n’est pas notre vaillance, notre volonté propre qui créent notre persévérance. Non ! Elle est juste la conséquence de la fidélité de notre Père. Notre engagement, notre foi dépendent exclusivement du désir éternel de Dieu de vivre avec nous une relation personnelle, forte, durable. Tout vient de Lui.

C’est de cette conviction que doit se développer un processus qui nous amène à vivre selon la justice et la justesse de Dieu et non la ou les nôtres.

En fait, contrairement à tout ce que nous pourrions croire ou imaginer, à l’inverse de toute construction mentale qui nous placerait au centre de la civilisation, le covid-19 nous amène dans une toute autre réalité. Devant un choix simple : nous n’avons pas le choix…
Prendre la décision de suivre Christ est la seule option. Nous avons été créés pour ce chemin de vie. C’est là que nous trouvons Dieu, présent à nos côtés, en permanence. C’est cela qui nous donne la persévérance. Rien d’autre.

Pour la route

Si tu te sens prisonnier dans tes quatre murs, qu’ils soient réels ou virtuels, si tu te sens oublié ou abandonné, si tu penses que tu es trop petit ou pas assez malin pour, tu n’es pas anormal. Tu es juste humain.

Sache que ce Dieu que tu attends, que tu espères, que tu ne connais pas, ce Dieu vit. Il n’est pas insensible, il est un Dieu de relation. Il est un Dieu d’amour.

Il connait ton cœur, tes allers-retours à toi, la moindre de tes incartades et la plus discrète de tes bonnes actions.
Patiente, persévère, espère, …et tu vivras une délivrance. Une délivrance extra – ordinaire.

Dominique Blairon

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